L’ami des baleines

Lahiniriko Yalaude

FMTF Anakao – Région Sud-Ouest

Comment la tribu Vezo protège ses défenseurs

Vous trouverez la municipalité urbaine de Morombe sur la côte sud-ouest de Madagascar. Situé à une distance de 283 kilomètres de Tuléar, le village est accessible par la route ou en pirogue traditionnelle depuis Morondava. La plupart des habitants de Morombe sont Vezo, connus pour leur pêche traditionnelle. La pêche est la source de revenus de la plupart des villageois. Cependant, la pêche illégale pratiquée par certains individus, met en péril les ressources halieutiques dont dépend la communauté locale pour sa subsistance. Face à cette menace, une association et ses membres à Morombe s’est mobilisé pour préserver le patrimoine naturel et culturel des Vezo et garantir un avenir durable à leurs pêcheurs.

Tout commence avec un pêcheur

Accueillez le président du LMMA (Locally Managed Marine Area) de Morombe, Mosesy Jean. En tant que garde-côte, il peut subvenir aux besoins de sa famille tout en poursuivant sa passion. Il est contre la destruction de l’écosystème marin. Il veut que ses enfants, petits-enfants et les générations futures en bénéficient. C’est pourquoi il est devenu un défenseur de l’océan. Son association est proche de Blue Ventures, une organisation de conservation marine qui met les gens au premier plan. Le LMMA n’existerait pas sans cette organisation. Elle a appris aux membres de la communauté l’importance de la conservation de l’écosystème océanique. Elle les a également convaincus de créer une association pour protéger les espèces marines. Blue Ventures a également aidé en fournissant des équipements et un soutien technique.

Des personnes ont illégalement capturé une baleine en 2002. Lahiniriko s’est senti très attristé et a eu cœur brisé. Avec l’aide de Mme Monica, une étrangère passionnée par la protection des animaux, ils n’ont pas tardé à réagir. Ils ont convaincu les responsables de relâcher la baleine. Lahiniriko s’est également opposé à la pêche illégale. Il s’est adressé aux ministères et aux autorités compétentes. Même si cela a été difficile, il a persévéré par amour pour les animaux marins. Tout le travail accompli par Lahiniriko n’est pas passé inaperçu auprès de la communauté Vezo.
Quand Lahiniriko est interrogé sur une chose qu’il ne peut pas oublier, il nous répond fièrement que lorsqu’il a parlé et convaincu la communauté, celle-ci lui a dit : « Même s’il n’y a pas d’association pour protéger les animaux marins, nous sommes prêts à les défendre. Nous sommes avec toi parce que nous y croyons ». Il se sent heureux et honoré que son travail ait eu un impact positif sur la communauté, et que celle-ci se joigne à lui pour protéger ces animaux dans l’intérêt d’Anakao. Selon Lahiniriko, un protecteur de l’océan veut aider, est disposé à le faire et ne veut pas que la vie marine disparaisse. S’il pouvait être un animal, il serait une baleine – un animal gigantesque, intimidant mais doux et non dangereux.

Lahiniriko Yalaude

En 2022, Mosesy a reçu un prix lors de la célébration internationale de la pêche à Ambovombe. Il était le seul gagnant de la région sud-ouest. Le directeur de Pêche d’Ambovombe l’a choisi pour représenter son village et parler des défis et des efforts fournis par le LMMA dans le sud-ouest. La communauté locale doit s’engager d’avantage dans la protection de l’écosystème marin. Mosesy a abordé ce sujet et a reçu de nombreuses questions car ses pairs étaient curieux et fascinés. Il a remporté la première place et a apprécié partager ses compétences et ses connaissances. Il se souvient d’une femme de Tuléar qui lui a dit : « Merci, Monsieur le Président ; sans votre orientation, nous n’aurions aucune connaissance de la conservation marine. » Sa gratitude sincère et son appréciation le touche encore profondément.

Les défenseurs de l’océan se concentrent sur la sensibilisation. Ils enseignent aux membres de la communauté ce qu’ils doivent et ne doivent pas faire. Mosesy considère un défenseur de l’océan, « Un individu qui protège l’environnement et la mer pour prévenir le changement climatique et l’extinction des espèces marines. » Si Mosesy était une créature marine, il nous confie « Je serais un coquillage, car il aide à nettoyer l’océan, bien que les personnes les mangent souvent. » Le LMMA a un siège où les membres se rencontrent deux fois tous les deux mois. Là, ils décident de leurs futures actions. Ils enseignent également la conservation marine dans sept villages. La communauté de ces villages a proposé de créer plus de réserves pour aider à protéger l’écosystème marin. Protéger ces zones empêchera la destruction de la mer et de son écosystème.

Le 28 mars 2008, ils ont créé la FMTF (Fikambana Miaro ny Trozo sy Fesotse). Lahiniriko y a vu une opportunité et a décidé de se présenter à la présidence de l’association. Il aime protéger les animaux marins et l’ensemble de l’écosystème. Il a été élu avec succès. Il s’est senti heureux parce qu’il avait de fortes convictions. Il voulait protéger l’océan et inciter les autres à faire de même. Son travail se poursuit encore aujourd’hui. La FMTF compte aujourd’hui 80 membres. Ils ont pris exemple sur l’île Sainte-Marie, célèbre pour son festival de la baleine, attirant environ 6200 touristes. Sainte-Marie n’a des baleines que pendant trois mois, tandis qu’Anakao a des baleines et des dauphins pendant six mois. Ils ont convaincu la communauté de protéger ces mammifères. En un an, ils ont vu plus de touristes venir voir les baleines et les dauphins. Les baleines ont également apporté plus de poissons.

Ça ne s'arrête pas là

Avant de créer la réserve Tsimaharitra, les membres du LMMA ont fourni beaucoup d’efforts. Ensuite, ils ont mis en place une ferme pour cultiver des concombres de mer. Ils ont établi la réserve pour protéger et soutenir la communauté de Tuléar. Cela a été un succès pendant environ 12 mois. Après l’essai, IOT (Indian Ocean Trepang) a pris les concombres de mer. Les membres du LMMA ont continué à aider les fermes villageoises, en particulier sur les îles, et ont complété tous les documents légaux. Mosesy pense que tout est prêt et qu’ils attendent maintenant de mettre en place les fermes villageoises pour les concombres de mer.

Les animaux marins subviennent aux besoins des Vezo. L’océan est leur banque. Sans lui, ils ne peuvent ni manger ni gagner de l’argent. Si les gens détruisent la mer, ils ruinent aussi la vie de la communauté Vezo. La protéger est donc une priorité. Les jeunes, les adultes et tout le monde doivent protéger notre océan. Lahiniriko a dit : « Les gens ont besoin d’emplois secondaires pour ne pas dépendre uniquement de l’océan ». Ainsi, ils ne détruiront pas l’écosystème ou les récifs coralliens. L’association fournit à la communauté des filets de pêche pour attraper des poissons sans nuire aux récifs coralliens. Elle renforce également le « Dina ». Le dina est un règlement traditionnel et communautaire qui permet de gérer efficacement les ressources naturelles. Le tribunal a approuvé le Dina de la FMTF le 15 octobre 2011.

La communauté locale a maintenant trois réserves permanentes dans le LMMA de Teloriake (une à Teloriake, une à Anositompoy, et une dans la partie la plus au nord). Entre 2022 et 2024, ils ont non seulement protégé l’environnement en plantant des arbres, et en élevant des espèces locales, mais aussi en organisant régulièrement des nettoyages de plage. Le CGP impose une fermeture de deux mois sur la pêche aux poulpes de Juin à Août. Pour protéger davantage les populations de poulpes, des réserves temporaires sont établies dans tous les LMMA du sud et du sud-ouest. Bien que la participation à ces réserves soit volontaire, de nombreux pêcheurs se joignent pour voir combien de kilos ils peuvent obtenir. Les membres du LMMA sensibilisent et éduquent les pêcheurs, les aidants à augmenter la valeur de leurs produits marins et à gérer leurs finances. Mosesy a demandé cette formation car elle était utile pour les pêcheurs du LMMA de Velondriake. Ils protègent également des écosystèmes marins comme la nacre, les récifs et les mangroves. Ils ont planté environ 60 hectares de mangroves pour aider à lutter contre le changement climatique. En 2018, ils ont mené un raid avec des responsables gouvernementaux, et deux bateaux à moteur de Blue Ventures. Ils ont uni leurs forces pour essayer de capturer ceux qui violent les règles. Alors que la situation escaladait, de nombreux contrevenants ont fui, entraînant une scène chaotique. Des foules se sont formées et certaines personnes ont tenté d’attaquer Mosesy, lui lançant des pierres et d’autres objets. Une personne l’a même frappé au visage. Malgré la menace imminente pour sa vie, Mosesy est resté ferme dans son engagement à protéger l’écosystème marin.